visagesenfants_1_Feyder semble bien avoir été l'un des premiers à montrer à quel point l'enfance est un âge difficile et tragique. (Les autres âges aussi d'ailleurs, mais on a l'habitude, c'est pu pareil...)

Ca commence froidement avec un enterrement... : plusieurs cartovisages_d_enfants_4_1_ns avec les différents noms des personnages et le nom des acteurs (le père, le fils, la petite fille, la voisine...) puis un carton qui présente la mère, enchaînée... avec son cercueil qui descend les escaliers. On se demande presque si c'est pas de l'humour... Et ben c'en est pas, car les 10 premières minutes de cet enterrement, avec la tombe creusée sous une grande croix noire qui fait passer celle de De Gaulle pour un pin's, fait froid dans le dos... Le parcours du pov'chtit garçon sous le regard des villageois, terrible.... Me rappelerait presque le Fernand de Brel, le summum du glauque...

Bref, là où cela se corse c'est quand le mari décide de se remarier avec la Jeanne qui est veuve (un accident idiot sûrement) et a déjà une fille. Le chtit, il l'entend pas de cette oreille et si avecfilm_classics_1_ sa belle-mère c'est pas gagné d'avance, c'est surtout sur la petite fille qu'il va se déchaîner... Filmé dans le cadre bucolique de la Suisse (super paisible maintenant, alors vous imaginez en 1925...), il va non seulement planter sa poupée sur les cornes d'un bouc (bof) mais surtout lui faire croire que sa poupée est tombée de la calèche vers un pont (c'est lui qui a balancé la poupée, la racaille), la poussant à sortir de nuit dans la neige.... Bien sûr, c'est le drame, avalanche, elle a juste le temps de se cacher dans un refuge où, coup de bol, il n'y a pas Jean-Claude Dusse, et cela nous vaut une très belle scène de nuit sublimement éclairée aux flambeaux (une prouesse technique me dit ma ptite fiche, ok)... On la retrouve et lui forcément, il passe pour un puncho, donc il décide d'écrire une lettre reconnaissant qu'il est "un misérable" et de sauter dans la rivière... Heureusement la belle-mère veille...

Les enfants sont cruels disait Jacques Martin mais sont aussi souvent victimes de leur propre jalousie, de leur incompréhension du monde des responsabilités (On dirait du Dolto putain)... Plutôt que d'en faire des marionnettes, Feyder bâtit son film autour d'eux et signe un portrait plutôt âpre. Magnifiquement recolorisé (les jaunes et les bleus sont très joulis), belle zizique (beaucoup aimé moi le tuba ou la très grosse trompette quand le gamin va se jeter à l'eau), montage un peu approximatif parfois comparé à nous (mais il avait pas Adobe-Première, je l'excuse) sûrement l'un des meilleurs films de 1925 et je m'avance guère.

Même dans la campagne suisse la petite délinquence peut voir le jour, c'est une leçon pour Séguo-Sarko