04 juin 2006

LIVRE : Eau Sauvage de Valérie Mréjen - 2004

get_img12Juste pour embêter mon collègue Shang, qui considère l'art contemporain comme un grand foutage de gueule (en atteste sa honteuse chronique sur Apichatpong récemment), je relis ce petit bidule à mi-chemin entre l'expérimentation et le dispositif. Valérie Mréjen n'écrit sur rien : ses phrases n'ont strictement aucun intérêt en elles-mêmes ("Allô. Ca va ? Bon, au revoir"), son texte dans son ensemble n'a pas de progression, ne raconte rien, ne va nulle part. Pourtant, à travers ces phrases courtes et quotidiennes se dessine subtilement le parcours d'une vie, une vie faite de minuscules choses, d'hésitations, de répétitions, de vide. En l'occurence, c'est ici le père de l'auteur qui est décrit à travers ses mots à lui : des mots plats, sans consistance, mais qui montrent un être seul, affolé à l'idée de se séparer de sa fille, trop présent, trop demandeur, trop proche... En fin de compte, avec une apparence de platitude totale, c'est la vie qui bat là. C'est très contemporain, un peu comme le Elephant de Van Sant (qui travaille aussi sur la terreur du quotidien), un peu comme les performances d'Absalon, ça ne doit rien à Marcel Duchamps (ceci est une private joke), c'est précieux bien que pratiquement illisible. C'est de l'art d'aujourd'hui, qui se fout bien de la présence d'un quelconque scénario ou d'une joliesse de style. Exigent et nécessaire, un livre qu'on vous renverra à la gueule, ce qui est bon signe.

Posté par Shangols à 17:18 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur LIVRE : Eau Sauvage de Valérie Mréjen - 2004

    "C'est de l'art d'aujourd'hui, qui se fout bien de la présence d'un quelconque scénario ou d'une joliesse de style." Donc c'est génial.

    Posté par Archipatrucadire, 04 juin 2006 à 18:04 | | Répondre
  • Installations morales

    "honteuse chronique sur Apichatpong"... Si on aime pas Apichatpong, on est pas d'accord avec une micro-intelligentsia du monde qui a déclaré que c'était un chef-d'oeuvre, rendez-vous dans 100 ans, on est donc un con.
    Parce qu'une personne n'est pas familière avec des "installations" -rien que le mot me fait rire dans sa prétention (le peu que j'ai vu d'ailleurs d'artistes contemporain à Shanghai -ville "in" - me laisse rêveur, tout le monde semblant d'accord pour dire qu'ils n'ont rien compris à la ville...) - on est en droit de dire que cette personne pense que TOUT l'art contemporain est un foutage de gueule. (L'art contemporain ce n'est pas que ce qui se passe à Paris et qui est chroniqué dans les Inrock, pardon) On va bientôt aussi me dire ce qu'il est de bon goût d'aimer (films, livres, musique) et quelles chaussettes je dois mettre. Et quand on a le malheur de se faire chier devant un film qu'il FAUT aimer pasque tu comprends c'est des sensations, des feelings, la vie quoi, "c'est honteux"... Désolé d'avoir des coups de coeur et des coups de haine très personnels, je suis pas formaté. Non tout ce que fait Spielberg n'est pas génial pasque c'est Spielberg... Marcel Duchamps aurait été labouré de voir ça - si peu de profondeur, tant d'émerveillements devant le génie proclamé de tout l'Art contemporain...
    Ah et j'emmerde la musique électro aussi. J'ai le droit d'aimer Sigur Ros quand même?

    Posté par brrrrrrrrrrrr, 05 juin 2006 à 06:10 | | Répondre
  • on se calme

    Loin de moi l'envie de provoquer une telle colère en toi, collègue blogger. Nous n'avons pas les mêmes goûts sur ce point-là, preuve en est. Je pourrais répondre qu'on peut aimer Apichatpong sans lire les Inrocks, que ton copain Bibice est capable de se faire une opinion par lui-même, sans passer par l'assentiment des critiques. On pourrait rajouter que aimer Apichatpong n'est pas forcément un signe de pédantisme (pédanterie ?). On pourrait sur-rajouter que l'art contemporain n'est certes pas ce qui se passe à Paris, mais un esprit, appelons ça un esprit de curiosité, d'expérimentation, de danger, de nouveauté, et qu'en ce sens j'ai tendance à lui accorder ma bienveillance. On pourrait hurler que tu as tout à fait raison d'avoir tes colères et tes haines, que je suis à 1000 lieues de te le reprocher, mais qu'il faut me laisser avoir les miennes également (le "C'est honteux" est ue formule excessive, mais vivons dans l'excès ou rentrons nous coucher, c'est pas à toi que je vais apprendre que sans exagération on ne se serait pas rencontrés). je pourrais renchérir que je confirme que tout Spielberg n'est pas génial, et que je n'aime pas Spielberg parce que c'est Spielberg, mais parce que nombre de ses films me touchent. Je pourrais achever en disant que seule une toute petite partie de l'art contemporain (mot qui ne veut rien dire d'ailleurs) me touche : celle qui dit vraiment des choses, qui prend des risques formels, qui est rugueuse et dangereuse. Et je crois qu'Apichatpong fait partie de ces créateurs-là...
    Et puis j'adore la musique electro, et je ne comprends pas le rapport avec les éblouissants Sigur Ros.
    Saine colère, ami, continuons à nous provoquer...

    Posté par aaargh, 05 juin 2006 à 12:04 | | Répondre
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