get_img12Juste pour embêter mon collègue Shang, qui considère l'art contemporain comme un grand foutage de gueule (en atteste sa honteuse chronique sur Apichatpong récemment), je relis ce petit bidule à mi-chemin entre l'expérimentation et le dispositif. Valérie Mréjen n'écrit sur rien : ses phrases n'ont strictement aucun intérêt en elles-mêmes ("Allô. Ca va ? Bon, au revoir"), son texte dans son ensemble n'a pas de progression, ne raconte rien, ne va nulle part. Pourtant, à travers ces phrases courtes et quotidiennes se dessine subtilement le parcours d'une vie, une vie faite de minuscules choses, d'hésitations, de répétitions, de vide. En l'occurence, c'est ici le père de l'auteur qui est décrit à travers ses mots à lui : des mots plats, sans consistance, mais qui montrent un être seul, affolé à l'idée de se séparer de sa fille, trop présent, trop demandeur, trop proche... En fin de compte, avec une apparence de platitude totale, c'est la vie qui bat là. C'est très contemporain, un peu comme le Elephant de Van Sant (qui travaille aussi sur la terreur du quotidien), un peu comme les performances d'Absalon, ça ne doit rien à Marcel Duchamps (ceci est une private joke), c'est précieux bien que pratiquement illisible. C'est de l'art d'aujourd'hui, qui se fout bien de la présence d'un quelconque scénario ou d'une joliesse de style. Exigent et nécessaire, un livre qu'on vous renverra à la gueule, ce qui est bon signe.