faces2Mon copain Shang me conseillait récemment de me taper un Lelouch pour être dégouté de l'amour pour 6 mois. N'ayant pas de Lelouch dans ma dévédéthèque (et je ne remercierai jamais assez le bon Dieu pour ça), j'ai préféré revoir ce bon vieux classique de mon panthéon personnel qu'est Faces. Me voilà donc dégouté de l'amour pour 3 ans.

La chair est triste, messieurs-dames, je ne vous apprend rien. Certains passent outre. Cassavetes, lui, en fait un mélodrame puissant, une longue plainte désabusée et sordide. Les maris trompent leurs femmes avec des putes tristes et douces, sont des êtres cyniques et ivres de pouvoir, minables, veules et malheureux. Les épousefaces3s trompent leurs maris avec des petits jeunes pleins de vie, courrent après leur jeunesse, pleurent leur morale dévastée, se soûlent, essayent de se tuer... Tout ça pour terminer, au petit matin, dans une cage d'escalier où on s'échange une clope avant de s'apaiser. Et puis ? Ils vont vers quoi, ces deux-là ? Séparation définitive ou compréhension mutuelle ? Suivant votre humeur... Tout ce qu'on a compris, c'est que les hommes et les femmes sont bien malheureux. Et que l'amour est bien complexe. Et on a beau dire, c'est pas faux.

Comme toujours chez le maître, les acteurs sont épatants, d'une véracité étonnante, toujours entre l'impro et la maîtrise totale. La qualité du film tient beaucoup à eux, et à cette trouble frontière entre un scénario somme toute très écrit (très bons dialogues à la Dorothy Parker) et une liberté de parole et de mouvements jamais démentie. Bien sûr, l'autre qualité, c'est la réalisation elle-même. La caméra, toujours en mouvement (mais sans que ce soit un bête effet comme ce qui se fait depuis Cassavetes), serre au plus facesprès les visages, les émotions, le flux de la danse, de la vie, de la musique. Les scènes de boîte de nuit sont en ce sens énormes : des formes qui passent devant la caméra, des mouvements, des sons, rien de définissable : l'ivresse de l'alcool et de la danse faite cinéma. Immense. Le noir et blanc est plutôt un "ombre et lumière", comme si la pellicule était déchirée. Il y a quelques plans sur le visage de Gena Rowlands qui sont des immenses tâches de lumière seulement rayées du noir des cils. On a d'ailleurs l'impression d'assister parfois à un de ces films expérimentaux des années 60, où des cinéastes drogués et inspirés striaient la pellicule, la découpaient, la rayaient pour obtenir de purs jeux de lumières et d'ombres.

Ca fait du bien de retrouver ses bases, parfois.