thecranesareflying_1_Ce film est un enchantement, du bonheur pur, cela faisait longtemps que je n'avais pas été autant sur le cul...

Il y a fort à parier, si on faisait une étude vraiment sérieuse, qu'on parviendrait à prouver que les Russes ont inventé l'Amour et les larmes. C'est pas possible autrement. Je crois que si je ne m'étais pas contenu je serais encore en train de faire couler mes larmes à torrent sur le canapé en me mouchant dans Proutouie pour sauver les apparences...

Bref dans ce film, il y a tout: une histoire d'amour déchicigognes3_1_rante sur fond de guerre, une quarantaine de scènes d'anthologie, des prises de vue de folie, une actrice sublime, un miracle de cinéma... Et je ne m'emballe pas facilement... Si je veux bien admettre une certaine dose de mauvaise foi parfois -je prouve que je suis lucide- je crois qu'on peut gentiment parler de chef-d'oeuvre à propos de cet oeuvre d'art.  Comme ça au débotté, une dizaine de séquence me reviennent: la marche sur les quais, la montée de folie de l'escalier avec la caméra tenue par Dieu, les gros plans sur elle au téléphone avec la caméra qui s'écarte lorsqu'elle sort de la cabine, les deux scènes de foule qui font passer Autant en emporte le vent  pour un film de Rivette (lorsque Boris s'en va et que la pauvre Veronica est bloquée par la foule et qu'elle finit par jeter sa boîte de petits gateaux secs qui s'écrasent au sol -je parle pas de son visage pris cigognes4_1_dans les grilles sinon je vais y rester- et lorsque l'heure de la victoire a sonné et qu'elle cherche désespérement son amoureux ses fleurs toute guillerette sur son visage si triste... - lors des deux séquences, le caméraman a dû tuer 34 personnes sur son passage, je prends les paris), la chute de Boris dans les bois qui imagine en rêve son mariage, le gros plan sur le visage de Veronica lorsque le directeur de l'hôpital parle des femmes qui ont trahi ceux partis au front, sa fuite dans les rues et les légers décadrages de l'image sur son visage que Carax a dû piquer gentiment... pah, pah, pah, pah, je ne m'arrêterais pas si je m'entendais...

Il y a dans neuf scènes sur dix un jeu sur les profondeurs de champ qui ferait passer Orson Welles et Hitchcock pour les inventeurs du Télécran... Franchement même si parfois c'est un peu systématique -les gros plans sur les gens dans lacranes_flying6_1_ foule qui défilent en travelling- cela donne un sens réfléchi à chaque plan... de la montée d'escalier vue en contre-plongée comme un avenir inaccessible pour nos deux tourteraux, aux plans  sur Veronica avec ce fumier de cousin en arrière plan dont le piano renvoit son image en double comme pour mieux souligner sa duplicité, en passant par la scène où la grand-mère apparaît au premier plan - elle qui est garante des secrets... Que dire, tout est bluffant... Ce film a bientôt cinquante ans et il a pas choppé une ride; c'est bien simple, j'aurais presque envie ce soir d'être une cigogne (ou le petit écureuil minable à deux roubles, que Boris offre en souvenir à Veronica, qui est aussi touchant qu'une première lettre d'amour (j'invente un peu mais c'est pas grave))... Volez voir ce film si jamais il passe dans le coin, ou le dvd dans la sublime collection Criterion...