01Il paraît que le cinéma est moins important que la vie. C'est sûrement vrai. Mais dans le cas de Vertigo, on est bien obligé de reconnaître que la vie serait plus belle si elle était filmée par Hitchcock.

Que dire qui n'ait pas encore été dit ? C'est le plus beau film de l'histoire du cinéma, le film parfait. Je défie quiconque de trouver le moindre défaut à cette histoire d'amour fou, à ce condensé de Cinéma, à ce modèle de sensibilité et d'intelligence. J'ai beau l'avoir vu et revu, j'y trouve à chaque fois une beauté qui me sidère et me fait voir le reste des05 créations artistiques comme de la petites bière. Je mets toujours un petit mois à m'en remettre, et à pouvoir regarder d'autres films sereinement.

La musique : elle est au-delà de tout, jamais un compositeur n'avait vu si juste dans la compréhension d'un rythme, d'une émotion. Herrmann épouse chacun des mouvements de Stewart et Novak, les souligne subtilement, amoureusement, profondément. Il pond sa plus belle musique, et donc la plus belle musique du monde.
Le scénario, il est sublime : une histoire d'amour au-delà de la mort, une fuite en avant, une tentative deséspérée d'attraper le temps, de fabriquer un amour éternel. Stewart refuse la mort, refuse le temps qui passe, quand à la clé il y a une femme qu'on aime. C'est puissamment émouvant, comme dans ces vieux livres allemands où l'amour transcende tout, comme dans ces tragédies grecques où on va 02chercher son amour dans les tréfonds de l'enfer. Les dialogues sont toujours prenants, les larmes viennent forcément (décidément je pleure beaucoup ces temps-ci).
La mise en scène, elle est parfaite, dévouée aux acteurs, à leurs présences, leurs regards, leurs émotions, et en même temps l'expression d'une sensibilité poignante. La mise en scène à elle seule est métaphysique, avec ces ciels et ces plafonds qui écrasent tout, cette image comme filtrée par un voile blanc fantomatique, cette douceur de rythme qui est celle de la vie qui file. Hitch n'oublie pas, encore une fois, de diriger le regard de ses spectateurs, mais cette fois, il le fait avec une douceur inattendue. Il laisse pour une fois son cynisme et son humour au vestiaire, et on sent041 bien l'enjeu qu'il met dans tout ça. Chacun des mouvements de ses acteurs est pensé et calculé, et pourtant ça ne sent jamais la sueur, c'est juste le geste qu'il fallait au bon moment.
Les acteurs, ils sont inoubliables : Stewart est d'une tristesse absolue, surtout dans les passages de sa dépression, un homme perdu, ravagé, bouffé par son amour et son passé, par ses remords et sa volonté irrésistible d'aimer. Novak est sublime de douleur muette. Elle a un regard-caméra d'une tristesse insondable qui ferait passer celui de Monika pour une erreur de montage.

03Que dire ? Vous pensez bien qu'il faudrait que je cite chaque plan pour vous prouver que ce film est une des grandes oeuvres d'art du XXème siècle. Vous parler du chignon de Madeleine ? Du générique de Saul Bass ? Du profil de Novak ? Des couleurs du décor ? De la scène de San Francisco Bay ? Non, merci, pas de théorie, il vous suffit de surfer quelque peu sur Internet pour y trouver toutes les explications possibles à ce film. Juste de l'émotion, pure et brute. Quand vous avez vu Vertigo, tout le reste paraît fade. Vous voilà avertis.

PS : je refuse d'appeler Sueurs Froides un tel chef-d'oeuvre. C'est pourtant son titre français... Mais tant pis.

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