match_point_poster_2_1_J'aurai toujours une petite tendresse pour ce film qui trouve grâce même aux yeux de Woody (et il est plutôt dur le bougre avec son oeuvre).

Tout d'abord, parce qu'il parvient à nous faire croire à cette histoire d'adultère en prenant le temps de nous exposer ses personnages bien à plat (comme un service sans effet devient un ace). Même si c'est plus facile et évident d'avoir un coup de foudre pour une Scarlett Johansson (Nola) ou pour un Jonathan Rhys Meyers (Chris) (soyons sportifs) que pour - au hasard - un Woody, il parvient à faire monter la pression entre ses deux principaux personnages de façon magistrale (de la première rencontre (et dire que moi aussi j'ai été prof de ping-pong, jamais eu une élève comme Scarlett... bref) à cette scène culminante en plei1131096918_0_1_n orage, en passant par cette petite rencontre au hasard dans la rue (il y a des signes... là où on veut en mettre) ou à ces faux prétextes pour s'éviter (la migraine de Nola le soir du rendez-vous à quatre au ciné)). Cette fabuleuse scène d'ailleurs sous cette pluie ultra-londonienne où nos deux héros finissent par se jeter l'un sur l'autre est l'une des plus belles scènes de Woody Allen depuis bien longtemps...

J'adore aussi chez cet éternel comique toute la noirceur, le pessimisme de son univers qui avait déjà éclaté dans un film comme Crimes et Délits. Tout n'est-il qu'une affaire de chance ?, n'y a t-il aucune véritable justice sur cette basse terre ? Woody Allen est en tout cas beaucoup plus inspiré et productif, dernièrement, dans ce registre que dans celui de la comédie pure. Si le bien et le mal, la chance et la malchance ne sont séparés que par un mince filet, encore faut-il retomber du bon côté... La scène de l'alliance -preuve du crime- dont essaie de se débarrasser Chris et qui retombe du mauvais côté de la grille (il sera puni !) et qui finit par le sauver en étant récupéré par un drogué assassiné (et ben non...) est une magnifique fausse piste dans le film ; mais le fait même qu'il s'agisse d'une alliance agit aussi comme un clin d'oeil malicieux du Woody sur les aléas et les turpitudes du mariage.

Enfin, il y a tous ces petits élémentfg4233_1_s dont Woody parsème son histoire et qui prennent sens au fur et à mesure de la progression du film: la lecture de Crime et Châtiment du père Dostoïevski par Chris (il ne pourra vivre avec son crime... mais si !, on vient de vous dire, po de justice...), la scène du tir au pigeon où Chris rate toutes ses cibles (fausse piste...), le déménagement de Nola dans un quartier peu sûr, le rêve du policier qui a tout compris comme si Dieu (ne sait qui... la justice divine ? tu parles) lui avait soufflé un mot (mais non fausse piste)... Ca faisait bien longtemps que Woody ne semblait pas avoir pris tant de plaisir à jouer avec le spectateur sans avoir besoin de faire le clown ou des pitreries... Avec l'incandescente Scarlett, il n'y plus qu'à espérer que le prochain opus sorte du même fût (et pis il y en avait marre d'entendre depuis 30 ans, c'est "un Woody mineur" comme on dit "flou modianesque": C'EST UN FILM MAJEUR DE DIOU !!)   (Shang - 17/04/06)


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A la revoyure, et compte tenu de la suite de la carrière de Woody, je serais un peu plus modéré que Shang (alors dans les langes à l'époque... son texte est de 2006, presque une archive). Je le suis complètement sur la discrète beauté des symboles semés un peu partout, sur le brillant scénario qui brouille sans arrêt les pistes, sur la nouveauté que Woody insuffle sur son cinéma avec ces jeunes gens et ce côté thriller, l'élégance très bourgeoise de sa mise en scène et les atours avenants de son interprète principale. Mais la mise en scène, justement, très brillante, finit par ressembler à de la convention, et enferme le film dans un habit qui ne convient qu'à moitié à cette histoire. Certes, c'est très beau à regarder, mais ça finit à force par lasser les yeux et on aimerait bien que le film soit un peu plus chargé, un peu moins superficiel. C'est soit trop, et dans ce cas-là on aurait préféré qu'il transforme son drame bourgeois en comédie ; soit pas assez, et dans ce cas-là on aurait rien eu contre une tragédie sociale pure. Plus qu'à Dostoievski, qui semble un peu trop grand pour lui, c'est plutôt à Balzac qu'on pense dans le portrait de ce Rastignac prêt à toutes les bassesses pour rester dans l'aristocratie qu'il a réussi à conquérir par son charme et ses manoeuvres. Le fatum est bien convoqué dans l'histoire, mais tout ça reste un peu petit. Jonathan Rhys Meyers est de ce point de vue assez mauvais, pâle mannequin pas vraiment incarné qui erre comme un benêt à l'orée de ce monde, pas assez calculateur, trop fade : sa scène de rencontre avec Johansson est complètement ratée, on dirait que Woody n'a jamais vu une scène d'amour. Du coup le film, qui ne racone finalement qu'une petite histoire jusqu'aux meurtres finaux, apparaît trop long d'une demi-heure, fasciné qu'il est par ses beaux décors, sa belle lumière, ses beaux acteurs, sa belle musique (un des plus beaux morceaux du classique : cette romance de Bizet qui tourne en boucle), mais oubliant de développer son histoire. On regarde ces jeunes gens rire, aller à l'opéra ou jouer au tennis, se draguer ou se rouler dans les champ pour baisouiller (encore un cinéaste frileux, tiens, après Truffaut), mais on n'éprouve pas grand chose, ni contre cet arriviste ni pour sa victime, trop distancée. Le plus beau là-dedans, finalement, c'est de voir notre Woody tomber amoureux en direct : le regard qu'il porte sur Johansson est un des plus passionnés qui soient, entre la fascination érotique et la peur totale de cette jeunesse sophistiquée. Et puis, tout le reste, hein, je ne dis pas, est très agréable et intéressant. Mais c'est peut-être un des films les plus surestimés de son auteur...   (Gols - 06/11/20)

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