"La déconfiture de Pêche et Mirabelle", voilà ce que j'appelle un joli titre ! - le titre chinois pouvant se traduire aussi par "les déconvenues de Tao".

Film sonore qui vaut autant par son aspect documentaire que par son ironie sans oublier certaines techniques cinématographiques qui ont inspiré Orson Welles (si on peut plus déconner...). On assiste donc à la longue plongée en enfer de Tao et Li (homophones chinois de Peach and Plum donc, merci Andry). Le film commence par suivre l'impression d'un journal puis son transport jusqu'à son arrivée sur le bureau d'un directeur d'école. Celui-ci découvre avec stupeur que l'un de ses anciens et brillants élèves est condamné à mort. Il décide de lui rendre visite et on fait la connaissance de Tao (long travelling nous faisant découvrir les différentes cellules et le cheminement du directeur dans le couloir de la mort) qui nous raconte dans un long flash-back sa chute sociale.

Tout juste sortis de l'école, Tao et Li s'installent dans leur nouvel appartement avec pour symbole de leur ardeur et de leur volonté la statue d'un cheval ruant sur ses pattes arrière. Au fur et à mesure de leurs mésaventures (lui, démissionnera deux fois en désaccord avec ses patrons qui ne se préoccupent aucunement des dangers éventuels de leur business (surchargement de bateau ou fiabilité du ciment), elle, quittera son travail pour harcèlement sexuel) on retrouvera ce symbole de leur ancien espoirtaolijie6sm_1_: lorsqu'ils déménagent pour une énième fois, on découvre le nouvel appartement sordide avec une caméra s'avançant entre les pattes du cheval (et ça techniquement, j'ai po compris: ils avaient déjà des minis caméras???? en 1934?). Puis Tao la brisera dans un geste de désespoir ;chômage, résignation, le Chinois, et ça quand même c'est pas courant, se laisse même pousser la barbe. Un autre plan assez bluffant nous présente Tao, qui a fini par trouver un poste comme ouvrier dans une usine de sidérugie, à travers une colonne métallique: la caméra s'inscère entre les barreaux de celle-ci comme pour nous montrer le rétrécissement progressif de son univers et là encore après 12 visionnages, po compris. Sa femme qui lutte contre la mort en accouchant est d'ailleurs montrée en surimpression à côté de la fournaise comme s'il s'était résigné à faire bouillir la marmite quoiqu'il lui en coûte. Ce sera ensuite la litanie des emmerdes, la femme qui tombe épuisée dans les escaliers (la chute du seau d'eau ohlala), le vol dans la caisse du patron pour payer le docteur, la mort de la femme, l'abandon de l'enfant et son arrestation durant laquelle il tue un policier. Les coups de pistolet brefs qui sonnent sa mise à mort étant suivis de façon relativement mordante par le chant des étudiants qui clament leur optimiste et leur motivation pour réussir dans la société moderne...

Plus qu'un portrait de la société capitaliste qui est prête à tout sacrifier pour le profit, Yunwei nous fait sentir la dégradation des valeurs morales. Le discours tenu par Tao alors que sa femme est sur son lit de mort [passons sur le fait qu'elle roucoule comme une colombe pour dire qu'elle est super malade et que dans une scène sur deux ils prennent une bûche à la place du bébé qui ne devait pas être disponible] est empreint d'un fatalisme (asiatique?) tout aussi caustique: "je me sacrifierai pour que notre enfant aille à la même école que nous..." et connaisse aussi cette vie de merde?, sommes-nous tentés de rajouter.

Un film à exhumer des pots et à montrer dans les cinémathèques shanghaïennes (1934-2006, l'éternel retour?)