the_man_who_knew_too_muchForcément, on est dans la grande période des films de Bouddha, alors celui-là ne déroge pas à la règle : c'est un immense film, à deux doigts du chef d'oeuvre total, et c'est vraiment pour chercher la petite bête qu'on peut y trouver deux, trois défauts minimes.

La première partie, au Maroc, tient entièrement ou presque sur les épaules de James Stewart, grandissime comme toujours. Il est absolument parfait en touriste, dépassé par tout ce qu'il voit et totalement anachronique dans ce paysage. Hitchcock, comme Woody Allen d'ailleurs, a toujours eu une sorte de crainte face aux pays étrangers (y compris Shanghai dans Rich and Strange, c'est pas pour dire mais bon), et cette crainte passe dans le corps de Stewart : la scène au restaurant, où il ne sait pas comment s'asseoir, est parfaite (comme le sera, dans le même esprit, la scène chez le taxidermiste, où le géant qu'était Stewart est complètement écrasé par les animaux qui l'entourent). Hitch s'amuse comme un petit fou avec ça, avec peut-être un poil de racisme... passons... et s'amuse également à faire monter une inquiétude diffuse, vague, inattrappable. Il n'est jamais meilleur que quand il plonge un homme normal (ou un couple, comme ici) dans un imbroglio politico-meurtrier qui lui échappe. Les deux méchants sont d'ailleurs très réussis, ils vous glacent le sang, mazette. Et puis, la scène du marché, point d'orgue de ce premier tiers de film, est superbe, y compris dans les détails les plus "inutiles" (ça ne sert à rien que Daniel Gelin tombe dans la peinture bleue avant de se faire dézinguer, mais c'est tellement plus beau... Hitch, je t'aime).

La deuxième partie à Londres est bien sûr complètement tendue par la scène mythique de l'Albert Hall, aussi104 connue que la scène de l'avion dans North by Northwest ou que le meurtre de Psycho. Inutile de s'apesantir dessus, sa réputation est complètement justifiée : c'est un sommet du CCCCCCCinéma (les 7 majuscules sont voulues), 10 minutes de musique sans dialogue, un montage de fou furieux avec au moins une quinzaine de points de vue différents, une tension insupportable (qui résulte des 90 minutes précédentes et qui culmine ici), un humour jouissif, et puis la musique de Herrmann belle à se damner, et puis la profonde compréhension du rythme de la scène, et puis les larmes de Doris Day (un moment purement cornélien)... et puis, et puis...

cam1Il y a aussi ce couple Stewart/Day qui fonctionne à mort, plein de tendresse et de douleur, d'attentions et de confiance, une complicité dans l'adversité que Bouddha réussit à merveille (ça n'a pas toujours été le cas). Ceci dit, je trouve Doris Day un chouille fadasse (c'est le défaut dont je parlais, vous suivez ?), pas photogénique pour un sou. Mais bon, à sa défense, elle a des scènes super dures à jouer (apprendre que son fils a été enlevé, sauver le Ministre de je sais plus quoi, chanter faux, ah ça nous fait des grosses journées). Il y a par-ci par-là un ou deux tunnels (les premières scènes à Londres, notamment), mais je vous ai dit, c'est vraiment pour chercher la petite bête. Le film est génial, je vous dis.

En fait, je suis en train de me demander si la grande époque de Hitch ne s'étendrait pas de The Pleasure Garden en 1925 à Family Plot en 1976. A vérifier...

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