b00005jogu.01.lzzzzzzz_1_La bonne nouvelle d'entrée de jeu c'est qu'on n'assiste pas à une véritable biopic (on ne saura pas si Capote faisait pipi au lit ou s'il a appelé son livre "De Sang Froid" en souvenir de la première femme qu'il a touchée à 4 ans); l'histoire se concentre donc sur le -long- travail de recherches et d'investigation effectué pour le livre sus-mentionné. En gros jusqu'où Capote est-il allé pour s'approcher de la vérité et comprendre en profondeur l'un des meurtriers. Parallèle finalement assez intéressant car si ce dernier est mort la corde au cou, ce livre signera la mort artistique de Capote incapable par la suite d'achever le moindre livre (Le film évoque la question qu'il avait fini par souhaiter la mort des coupables pour voir le bout de son livre)- faut dire aussi que dans le processus il se mettra à picoler pas mal mais heureusement on échappe à cette déchéance qu'on s'était déjà tapée dans Walk the Line (et puis s'il est facile de cacher de la drogue dans une guitare, c'est quand même plus dur de dissimuler une bouteille de whisky dans un livre de poche. Bref).

Le film est très sobre, prend le temps de suivre les personnages, un bon point. Côté mise en scène c'est du gros classique et... côté acteur... que dire? Philip Seymour Hoffman est à n'en pas douter un grand acteur, son don du perfectionnisme et du tranformisme éclatant toujours. Dommage et encore une fois dommage que l'on donne des Oscars à ce qui se rapproche le plus du numéro de singe -écrivain- savant. Oui, oui on y croit à son Capote, il est définitivement bien rentré dedans (fallait pas me chercher) mais était-ce vraiment utile?

Un film honnête, bon, mais puisque le film s'y attache de si prêt, je vous conseille tout autant de lire son ultime opus beaucoup plus foisonnant et passionnant. Du grand style, qui plus est.   (Shang - 20/03/06)


cap_21Cette fois, je serai beaucoup moins bienveillant que le co-auteur de ce blog, qui avait plutôt sympathisé avec ce film. Le gros problème de ce bidule hollywoodien et bien-pensant, c'est l'acteur. Il faudra un jour organiser une manif pour expliquer aux producteurs américains qu'on n'en a rien à foutre de voir un imitateur à l'écran, qu'on veut de la chair et du sang et non de l'image. Je suis absolument persuadé que Truman Capote était exactement comme ce type le joue, avec cette voix stridente, ces tics de postures (un peu trop de jeux de mains et de cassages de poignets quand même, non ?), ces pauses très fines dans le débit. Mais j'en ai strictement rien à foutre. Ce que j'aurais souhaité voir, c'est l'image que ce mystérieux Bennett Miller a de Capote ; je veux une oeuvre d'artiste, pas un faux documentaire. Le résultat est pitoyable : on a une pleiade de bons comédiens (les deux assassins, la conseillère/amie de Capote, etc.), et au milieu un type grimé et clownesque, qui n'est pas du tout dans le même film. Comme si on avait mis une mamma fellinienne dans un film de Bresson.

Et puis j'en ai marre qu'on me parle des grands artistes (Capote, Cash, Goya, Welles) sans jamais tenter decap rendre ce que c'est que d'être un créateur. Les auteurs de biographies s'arrêtent à la surface, comme si créer n'était qu'une posture, une façon d'être face aux autres. J'aurais voulu qu'on me montre Capote au travail. L'important n'est pas la façon dont il parle ou tombe amoureux, ça c'est de l'anecdote. L'important, c'est : c'est quoi, d'être devant une page blanche ? Et je ne parle pas de nous montrer les gouttes de sueur sur les touches de la machine à écrire ; je parle de nous montrer ce mystère-là : la création.

Impossible à montrer sur un écran ? Tant qu'on n'a pas essayé on ne peut pas savoir, comme disait ma prof de théâtre. Pas le sujet du film ? C'est bien ça que je lui reproche.

Capote et son sublime bouquin méritaient mieux que cette image de surface. Que ceux qui n'ont pas lu ses immenses livres que sont Musique pour Caméléons, De Sang-froid, La Harpe d'herbes ou Petit déjeuner chez Tiffany soient persuadés que ceux-ci ne sont pas nés d'une simple branlette, comme tente de nous le faire croire ce film.   (Gols - 24/03/06)