dial_m_for_murder_stortOn ne va pas se le cacher : Dial M for Murder n'est pas le meilleur exemple de la mise en scène hitchcockienne. On sent Bouddha embarrassé dans ses problèmes de 3D (le film était en relief à la base) et dans son décor unique. On le sent depuis toujours assez peu inspiré par les scènes dialoguées, et ce film est constitué presque uniquement de ces scènes. Il y a des essais  très curieux de profondeur de champ en utilisant des objets (notamment une lampe de chevet) au premier plan et les acteurs au second plan, essais qui ne donnent pas grand chose. Il était plus inspiré, dans le genre, avec Rope, film très proche visuellement. Il se tire de ces difficultés en filmant tout ça réellement comme une pièce de théâtre, en alternant les plans en contre-plongée (le point de vue du spectateur en bas de la scène) et en plongée (les cintres). Mais bon, ça va pas pêter plus loin que ça non plus. Ajoutons qu'une fois de plus, Tiomkin à la musique n'est pas des plus fins, il devait y avoir une réduction sur les violons sur ebay.

Mise en scène assez maladroite donc... mais je dis, et même je clame, et même, allez, je beugle comme un veau : Qu'est-ce qu'on en a à foutre, nom d'une tomate ?!!!??!??!! (je sais, c'est violent). Dial M est une petite friandise, un pur plaisir de scénario et d'acteurs, bref : un spectacle, un show. C'est sûrement un des films les plus légers de Bouddha (malgré une fin assez tragique, ah les larmes de Grace !), ce qui est assez curieux quand on considère qu'il vient juste après un de ses films les plus tourmentés (I Confess). Et c'est une érection de spectateur, qui dure quand même 110 minutes sans retomber.

Tout ça grâce à un amusement du maître à chaque instant. Un humour à la con, mais irrésistible (jeux de mots minables et gratuits, petits gags visuels sur le savoureux détective, décadrages, impolitesses de gosse, etc.), des "trucs" de magicien débutant destinés uniquement au suspense et à la tension du spectateur (notamment un plan sur les engrenages du téléphone qui vaut son pesant de peanuts), et une montée du scénario mignonne comme tout. Et puis Grace Kelly est sûrement la plus grande actrice hitchcockienne : pas qu'elle soit particulièrement géniale, mais... y a pas d'autre mot... c'est une Présence (et la majuscule est voulue). Les quelques plans de son procès sont à mettre dans la colonne "les plus grandes scènes de Bouddha" : on dirait du Eisenstein, en encore plus cheap.

Un pur plaisir de spectateur, loin de la théorie et de l'intellectualisme. Une merveille, point barre.

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