C'est bien ce blog : on passe sans transition de Kiarostami à Harry Potter, et d'icelui à Bergman... Rien à dire, éclectique et nécessaire. Parenthèse refermée.

pocaThe new World : pas touché, pas ému par ce film, que visiblement il était pourtant de bon ton d'attendre avec impatience. Tout ça part très bien, une première demie-heure lumineuse, très douce et fragile, qui tient grâce à cette sublime musique (Mozart, Wagner, quand même) toujours surprenante là où elle est placée. Grâce aussi à la magie de ces gestes simples que Malick n'explique pas. Grâce au jeu des acteurs, Colin Farrell remonte un peu dans mon estime. Grâce à ce travail sur les accents aussi, très beau. Quelques paysages assez splendides, il faut le reconnaître, même si les hautes herbes vont finir par devenir un tic de langage chez Malick après Thin Red Line.

Ensuite, tout se gâte. Le gars a sûrement lu toute la doc sur Pocahontas, et feuilleté très scolairement un abrégé de la pensée de Rousseau illustrée, rien à dire, c'est du bon travail... mais il n'empêche qu'on a du mal à croire à une telle naïveté, et on se dit que les "native americans" étaient peut-être un chouille plus épais que ces personnages sans âme, gentils comme des Bisounours, qui feraient passer Bambi pour Mussolini. Et son jardin d'Eden a tendance à puer un peu des pieds. Ce qui rendait Pocahontas émouvante au début (sa naïveté, ses gamineries), finit par la faire apparaître trop simplette, limite débile légère. La faute à cette actrice insipide qui ne sait que sourire bêtement. Je suis peut-être pour Malick un gros con de civilisé qui n'a rien compris à la beauté d'une feuille d'arbre, je maintiens que ma définition du bonheur est assez loin des sauts à la con dans l'herbe. Ninetto Davoli, dans les Pasolini (Uccellacci e Uccellini, un chef-d'oeuvre), atteignait une dimension humaine et amère dans la simplicité de l'enfance. Ici, que de la curiosité de vieillard pour une jeune fille légère. Toujours eu un peu de mal avec les rôles de simplets (L'arc, The Piano, etc.)

Malick passe tranquillement à côté du vrai sujet, qui aurait pu donner une réelle puissance à son film, mais qu'on n'entrevoit qu'à une ou deux reprises : le passage de l'enfance à l'âge adulte, l'apprentissage de la vie moderne.

Une symbolique très lourde (ah les cheveux de Poca pris dans un filet, ah le raton laveur enfermé dans une cage, ah les mousquets contre les tomawhaks!), un maquillage outrancier (les bubons sur les visages des enfants "civilisés", c'est pas un poil trop ?) et un jeu de lumières sans subtilité (gris métal pour les Anglais, vert prairie pour les Indiens) vient alourdir le reste. On s'ennuie mollement, sans plus, c'est insipide et assez creux. Un peu comme si on n'écoutait que la face B de Meddle des Pink Floyd. Si le paradis ressemble à ça, je préfère y renoncer et me vautrer dans le stupre de la modernité mondialisée.